François Perrin, “Désintégrations fascinantes,” Standard April-June 2009
A 40 ans, le Britannique Tom McCarthy signe Les Cosmonautes au paradis, troisième roman traduit. Chef de file des Necronauts - mouvement comique et baroque s’attachant à rendre la fiction réelle -, il interroge la perte de repères en plein bouleversement social.
François Perrin
Pourquoi situer l’action en Tchécoslovaquie fin 1992 au moment de sa partition?
Tom McCarthy: J’ai habité à Prague à cette incroyable époque : des artistes aux manettes, des fêtes partout, une sorte d’euphorie postrévolutionnaire - et plus tard, un sentiment de déception, de promesses non tenues. D’un point de vue thématique ou symbolique, je trouve fascinante la désintégration des pays, des idéologies, des individus.
Le melting-pot culturel facilite-t-il la compréhension d’un événement ?
Pas toujours. Prague était un carrefour international, comme Paris dans les années 20, ou New York dans les seventies. Mais la monoculture peu aussi être intéressante : pensez aux films de Bergman…
Pourquoi ce titre, et pourquoi passer du “je” au “il” et de l’écriture épistolaire aux rapports de police ?
Ça convient au thème de la fragmentation. Il n’y a pas de Dieu, ni de domination idéologique : à la fin, pour l’arbitre c’est la mort, pour l’espion policier, la surdité. Même l’astronaute, qui peut tout voir d’où il est, est naufragé, incapable d’agir. Ce dernier est le personnage principal, même s’il n’est qu’un sujet de conversation dans le livre ; un saint, piégé dans une bulle de plexiglas. Comme Nick, coincé sur un toit avec une poulie près de la tête, Anton, enterré près d’une étoile, Manacek, Joost. Tous sont des cosmonautes - même le foetus flottant dans le ventre d’Heidi.
L’histoire de la peinture bulgare est-elle un prétexte pour lier les personnages ou pour parler du monde de l’art des années 90 ?
Les deux. En plus, comme l’astronaute, elle incarne les situations de tous les personnages : à la dérive, suspendus. C’est la condition humaine dans un univers sans Dieu.
MORTELLE DELIQUESCENCE
LE LIVRE
Nick est critique d’art, Anton ancien arbitre et scientifique, Joost galeriste, Ivan peintre, Ilivieski chef de gang. Il y a aussi Jean-Luc, Heidi, Mladen, Roger, et mime un flic à la ramasse. Ils sont bulgares, anglais, français, yougoslaves, hollandais. Focalisés autour d’un mystérieux tableau volé, dans une Tchécoslovaquie en passe de fêter son éclatement. Une poudrière, en somme. Tom, quant à lui, est un écrivain particulièrement doué, qui nous offre ici un plaisir à ne bouder sous aucun prétexte. F B
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